Refrying PDFs en V.F.

PDF réchauffés : le bon, la brute et le truand

Article original : Refrying PDFs: the Good, the Bad and the Ugly
Par Leonard Rosenthol (PDF Standards Evangelist chez Adobe)

 

 

Qu’est-ce qu’un PDF réchauffé ?

C’est un fichier PDF que l’on re-convertit une deuxième fois en PDF en utilisant Distiller ou bien une imprimante virtuelle (AdobePDF, PDF-Services, PrimoPDF, etc.).

Cet article à pour but d’expliquer pourquoi c’est toujours une mauvaise idée…

 

Pour rappel, le refrying peut être explicite ou implicite donc attention !
Par exemple :
– imprimer depuis Acrobat avec l’imprimante AdobePDF (explicite)
– placer un fichier PDF, comme une image, dans un document QuarkXPress et l’imprimer via l’imprimante AdobePDF (implicite)

 

 

Les zones à problème sont :

  1. Polices et textes
  2. Réechantillonage
  3. Dégradés lissés
  4. Gestion de la couleur
  5. Transformations multiples

 

Ça fait déjà pas mal… et ça pose des problèmes récurrents…

 

 

1- Polices et textes

Chaque processus lié aux fontes permet au logiciel concerné de modifier les données, avec les risques suivants :

  • conversion entre formats de fontes (TrueType -> Type 1, utilisation de fontes CID),
  • modification du nom de la fonte,
  • incorporation en jeu partiel d’une fonte incorporée précédemment en jeu complet,
  • re-encodage ou non encodage de certains glyphes (–> modifications ou pertes de caractères),
  • suppression de l’Unicode ou d’autres informations des tables sémantiques,
  • impossible d’utiliser les outils « TouchUp » ou d’extraire du texte.

 

D’autre part, les options de conversion en Enregistrant en EPS font que la distillation utilisera les fontes de l’ordinateur pour la génération du nouveau PDF et non pas les fontes du document d’origine (avec tout ce que cela peut introduire comme problèmes… (voir ci-dessus).

 

2- Rééchantillonage

  • Si les réglages de Distiller ne sont pas corrects ou si les données n’ont pas été correctement codées, les images JPEG peuvent voir leur qualité dégradée.
  • Depuis Distiller 6, il y a la préférence JPEG passthrough qui sert à ne pas réencoder inutilement un JPEG lors de la distillation (qui donc doit toujours être cochée)… mais cela ne fonctionne que s’il n’y a pas de changement dans l’image, c’est-à-dire s’il n’y a pas de sous-échantillonnage ou de conversion de couleur lors de la conversion.
  • Les images codées en JPEG2000 ou JBIG2 sans perte seront recompressés en JPEG (car PS/EPS ne comprend pas ces formats) donc, le poids du fichier va augmenter énormément et de toute façon cela occasionnera une nouvelle dégradation.
  • Comme PS/EPS ne gère pas le 16-bits pour les images, toute image codée en 16-bits sera ré-encodée brutalement en 8-bits, avec perte de qualité à l’arrivée.

 

3- Dégradés lissés

Les dégradés lissés (smooth shading) ont été introduit avec Postscript Level 3 et PDF 1.3

Si la conversion se fait via un EPS level 2, les dégradés lissés seront « déconstruits », avec pour conséquences :

  • augmentation du poids,
  • étapes du dégradés non linéaires,
  • possibilité de banding (lignes blanches),
  • impossibilité d’utiliser le TouchUp.

 

4- Gestion de la couleur

Postscript possède sa propre gestion de la couleur basée sur CIE, il ne s’occupe donc pas du mapping avec les profils ICC.

Si on convertit un fichier PDF/X-3 via PS/EPS, il faut convertir les les ICC en Device colors.

Pour préserver les profils ICC, il faut utiliser EPS avec DSC support (c’est comme cela que fait Adobe par exemple pour ce type de workflow: Photoshop EPS –> InDesign –> PDF)

 

5- Transformations multiples

Plus il y a de transformations, plus il y risque de perte d’informations.

Deux exemples (terribles… mais pas choisis au hasard )

  • PDF –> EPS –> PageMaker –> PDF pour produire une pub,
  • Placement de la pub dans un PDF –> EPS –> Quark XPress –> PDF pour imposition.

Cela fait à chaque fois 4 transformations de l’original (voire 8 si il s’agit de la même pub )

 

Si vraiment il faut passer via Postscript…

  1. Ne pas convertir en Postscript, convertir en EPS (tiens, il est de retour celui-là…). EPS est « Device independent » et offre des fonctionnalités additionnelles via DSC (à ne pas confondre avec DCS).
  2. Toujours faire sa conversion soi-même et ne pas laisser une application s’en charger.
  3. Choisir ses paramètres avec précision :
  • exporter en Level 3, Binaire,
  • inclure toutes les polices incorporées,
  • ne pas autoriser les conversions de format de fontes (ex: TTF –> T1, CID –> non CID, etc.),
  • ne pas activer de conversion de couleur.

 

 

Que peut-on faire alors s’il ne faut pas réchauffer pour rattraper des problèmes ?

==> Transcodage PDF. C’est un processus en PDF natif et il n’y a pas de conversion effectuée.

  • Les corrections via les fonctionnalités de Acrobat Pro, tels Optimisation PDF
  • Les corrections via le Preflight Acrobat
  • Les plug-ins spécialisés tels Callas pdfToolbox, Enfocus PitStop, Apago PDF Enhancer, etc.

 

 

Conclusion

Il peut arriver de devoir réchauffer un PDF à cause d’un processus de production particulier (en général, un processus ancien et non natif PDF). Là, il n’y a pas le choix.

Mais, il faut bien choisir ses paramètres et ne pas confier à n’importe quel logiciel le soin de faire la conversion sans rien contrôler !

Et surtout, il faut absolument passer via EPS et suivre les conseils mentionnés plus haut.

 

Cependant, il n’y a aucune raison de réchauffer (refry) un PDF explicitement !

  • Il n’y a aucune action de réchauffage qui ne puisse être exécutée via une méthode de « transcodage » (voir ci-dessus).
  • Cela va obligatoirement occasionner une perte de données qui pourra rompre ou retarder le processus de travail plus loin dans la chaîne de production.

 

Et la conclusion finale

Just because the only tool you have is a hammer does not make all things look like a nail….
Ce n’est pas parce-que votre seul outil est un marteau que cela fera ressembler toute chose à un clou.

 

Christian

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